Sing’Allelujah

La tête dans les nuages… et des sangsues aux pieds!

novembre 15, 2008 · Un commentaire

Avertissement: comme à mon habitude, cet article est long -mais il y a encore plus de photos que d’habitude (environ 500). Pour ceux qui auraient la flemme de lire, vous pouvez retrouver les photos dans les 7  galeries suivantes: ici, ici, ici, ici, ici, ici, et ici!

Bornéo, ses montagnes, ses grottes, sa jungle, ses poissons, ses sangsues… on pourrait continuer encore longtemps l’énumération de ce que cette île nous a offert durant ces 10 jours magiques!

Mes fidèles cousins -qui ne passeront à Singapour que le temps de goûter un Singapour Sling au Raffles Hotel- m’ont rejoint pour un départ aux aurores via Johor Bahru, l’aéroport low-cost de Singapour qui est en fait en Malaisie -low cost, mais high crime: nos valises ont été dépouillées… quand on rajoute le prix de l’appareil photo, pas low cost du tout en fait! (les photos de l’article sont celles de mon cousin Etienne)

Dès l’aube, à l’heure où blanchit la montagne…

Premier jalon de notre périple: le Kinabalu. Plus haut sommet d’Asie du Sud-Est avec 4095m, ses levers de Soleil mémorables l’ont transformé en juteux business -guide, bivouac vendu en package avec la nourriture, droits d’ascension… Le principe: on effectue les deux-tiers de la montée la veille, on se couche très tôt pour se lever au milieu de la nuit, finir l’ascension et être au sommet pour le lever du soleil.

Le guide obligatoire nous impressionne du haut de ses 1m40 et ses airs d’ado à faire l’ascension en tongs et en baskets… mais il ne guide rien du tout, se bornant à fermer la marche sans piper mot. Le pied de la montagne est couvert par la forêt, mais la voie est très pratiquable, avec beaucoup de marches au format très variable. Au fur et à mesure que nous nous élevons, l’humidité des nuages nous enveloppe, l’atmosphère devient cotonneuse; la végétation change. Vers 1000m, nous rencontrons nos premières nepenthes, plantes carnivores qui fascinent Etienne.

La deuxième partie de l’ascension, bien que sans sac, est la plus éprouvante: de nuit, sur de la rocaille, avec une pente très forte, le froid et l’altitude qui donnent mal à la tête et aux oreilles… mais le spectacle est au rendez-vous:

Beaucoup ou énormément de piment avec votre poisson?

Après l’effort, le réconfort, pour une soirée et une nuit à Kota Kinabalu où nous succombons aux charmes du marché de nuit, avec son florilège de parfums, de couleurs et d’odeurs. Tout le monde s’y presse dans un brouhaha bon enfant, tandis que des philippines proposent pour une bouchée de pain de succulents fruits de mer grillés au barbecue -avec force piment!

Le lendemain, après une bonne nuit avant de repartir pour d’autres cieux, nous avons le temps d’inspecter la criée, avec ses thons aux proportions plus que respectables, et un assortiment qui mêle poisson hérissons et raies avec les calamars et les requins marteaux, sans oublier les poissons des corails.

Air Conditioned Jungle


Nous rejoignons ensuite, dans un vieux Fokker, qui bouge avec les trous d’air et qui rebondit sur la piste, Mulu.

Mulu, un bled suffisamment paumé pour que l’avion soit le moyen le plus économique de rallier l’endroit.

Mulu, un ensemble géologique de grottes monumentales, montagnes et rivières souterraines, inscrit au patrimoine de l’UNESCO depuis 2005.

Mulu, la jungle, sa biodiversité extrême, sa chaleur humide, et sa profusion de  bestioles pas toujours hospitalières.

Cette jungle est à la fois une malédiction et une bénédiction pour le site: en l’ensserrant dans son enfer vert, elle a longtemps dissuadé les curieux de venir explorer ces merveilles. L’exploration des principales grottes remonte à 40 ans à peine, et si la fréquentation du site se développe, ce n’est pas encore la folle affluence.

Les exploitants du site s’ingénient à le rendre plus hospitaliers en construisant des kilomètres de “plankwalks” -des chemins sur pontons de bois qui assurent une marche aisée où l’on voit où l’on met les pieds- à travers la jungle, mais bien des trésors ne sont accessibles qu’en acceptant de rejoindre le plancher des sangsues ou de s’encorder dans une grotte. Ne dit-on pas que le plaisir est dans l’effort?

Per Ardua ad Astra

Accès d’agoraphobie? Soif de jungle? Attirance immodérée pour les sangsues? Alors que nos corps malmenés par l’ascension du Kinabalu se rappelaient à notre bon souvenir, nous n’avons rien trouvé de mieux que de rempiler pour 4 jours de trek pour rallier le sommet du Gunung Mulu à travers des sentiers peu pratiqués: 4 à 5 groupes par an!

Nous rejoignons au pied levé 2 allemands qui ont déjà réservé le guide, faisons le plein de riz, de nouilles chinoises et de cartouches de gaz. Pour porter tout cela sur notre dos, nous vidons nos sacs. Grisés par les 30° ambiants, nous enlevons allègrement les affaires chaudes qui nous avaient permis d’affronter le sommet du Kinabalu et ses températures proches de zéro.

Malheureux que nous sommes: si les journées du trek sont chaudes, les nuits sont froides, et le plancher des refuges un piètre matelas… autant dire que nos 3 nuits dans les refuges comptent parmi nos pires souvenirs!

Ces nuits, les sangsues, les pluies parfois torrentielles, les pluies diluviennes, un voyage au bout de l’enfer vert? Pas du tout, il s’agit simplement du prix modique à payer pour un voyage hors du temps et du monde. Sur ce chemin peu pratiqué, parfois très difficile, on se sent vraiment très loin, et on se découvre des ressources physiques qu’on ne soupçonnait pas! Notre guide est parfaitement à la hauteur, maniant avec autant d’aisance la machette que l’humour. Le sommet est malheureusement bouché par les nuages pour notre passage; mais nous n’étions pas venus pour la vue!

La descente, avec les sacs allégés du poids des vivres, les jambes aguerries par la montée, a été expédiée tambour battant pour finir dans la rivière -avec au passage un décrassage après 4 jours d’hygiène relative…

Les grottes et les chauves souris

Les grottes sont la raison originelle de l’inscription du Gunung Mulu au patrimoine de l’UNESCO: elles sont immenses -la chambre principale de la grotte de la biche affiche 170m de large sur 120 m de haut pour 2 kim de long! et les formations laiteuses de certaines n’ont pas encore livré tout leurs secrets.

Nous n’aurons pas le temps de monter d’expédition de spéléologie, mais les longues ballades sur les plankwalks pour rallier les grottes sont l’occasion de compléter notre bestiaire.

The End…

La fin de ces vacances de rêve vient naturellement trop vite… tout juste le temps de remanger un poisson grillé, de l’ananas et boire un cocktail à Kota Kinabalu, et nous voilà rentrés à Singapour lessivés mais heureux!

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1 réponse jusqu'à présent ↓

  • jmichel // novembre 15, 2008 à 5:09 | Répondre

    bravo pour vous d’arriver à vouloir vous y faire un chemin…
    et que les souvenirs vous comblent de la joie de continuer à découvrir…
    tant qu’on peut, les expéditions forment la jeunesse…
    et j’espère que vous avez réussi à en faire baver les sangsues…

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