Sing’Allelujah

Douce France…

décembre 29, 2008 · Un commentaire

Bonjour à tous, et bonne année! Me voilà de retour en cette bonne vieille Europe, avec ses bons vins, son verglas et son déficit de la Sécu!

Voilà pratiquement un mois et demi que je n’ai plus alimenté ce blog… vous dire que j’ai été fort occupé par mes voyages au long cours serait inconvenant, aussi je m’abstiendrai!

Content de vous retrouver après ces 6 mois en Asie. Je vais passer les prochaines semaines à reprendre contact avec les uns et les autres -n’hésitez pas à me proposer un créneau!

On prend vite goût à prendre l’avion tous les mois -surtout pour des destinations aussi sympathiques que Bornéo ou les temples d’Angkor- aussi ne suis-je pas sûr de tenir en place très longtemps.

Mes parents ont été très compréhensifs à cet égard: pour que le changement de rythme ne soit pas trop brutal -et aussi pour retrouver mon frère qui y est depuis octobre-, nous avons passé Noël à Londres (sur ces photos, vous pourrez même découvrir les visages de ma famille).

A bien des égards, cet endroit rappelle Singapour: conduite à gauche, langue anglaise, ambiance multiculturelle, royaume de la finance (hem…) et du shopping, libéralisme débridé (les conditions de travail de mon cher frangin feraient frémir un CGTiste!) et architecture victorienne… mais aussi un certain art de vivre qui fait la part belle aux espaces verts, jusqu’au coeur de la city cité.

Mais quelques singularités rappellent que nous sommes bien en Europe: le froid, les églises qui restent plus nombreuses que les temples et autres mosquées, la proportion de blondes (y compris au bar), les produits “organic” (bio), les édifices chargés d’histoire, des incongruités typiquement british comme la reine et ses gardes…

A bientôt en vrai,

Antoine

PS: vous avez même droit à un nouveau thème pour 2009 (l’image d’en-tête est le hall de la gare de St. Pancras à Londres)

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La tête dans les nuages… et des sangsues aux pieds!

novembre 15, 2008 · Un commentaire

Avertissement: comme à mon habitude, cet article est long -mais il y a encore plus de photos que d’habitude (environ 500). Pour ceux qui auraient la flemme de lire, vous pouvez retrouver les photos dans les 7  galeries suivantes: ici, ici, ici, ici, ici, ici, et ici!

Bornéo, ses montagnes, ses grottes, sa jungle, ses poissons, ses sangsues… on pourrait continuer encore longtemps l’énumération de ce que cette île nous a offert durant ces 10 jours magiques!

Mes fidèles cousins -qui ne passeront à Singapour que le temps de goûter un Singapour Sling au Raffles Hotel- m’ont rejoint pour un départ aux aurores via Johor Bahru, l’aéroport low-cost de Singapour qui est en fait en Malaisie -low cost, mais high crime: nos valises ont été dépouillées… quand on rajoute le prix de l’appareil photo, pas low cost du tout en fait! (les photos de l’article sont celles de mon cousin Etienne)

Dès l’aube, à l’heure où blanchit la montagne…

Premier jalon de notre périple: le Kinabalu. Plus haut sommet d’Asie du Sud-Est avec 4095m, ses levers de Soleil mémorables l’ont transformé en juteux business -guide, bivouac vendu en package avec la nourriture, droits d’ascension… Le principe: on effectue les deux-tiers de la montée la veille, on se couche très tôt pour se lever au milieu de la nuit, finir l’ascension et être au sommet pour le lever du soleil.

Le guide obligatoire nous impressionne du haut de ses 1m40 et ses airs d’ado à faire l’ascension en tongs et en baskets… mais il ne guide rien du tout, se bornant à fermer la marche sans piper mot. Le pied de la montagne est couvert par la forêt, mais la voie est très pratiquable, avec beaucoup de marches au format très variable. Au fur et à mesure que nous nous élevons, l’humidité des nuages nous enveloppe, l’atmosphère devient cotonneuse; la végétation change. Vers 1000m, nous rencontrons nos premières nepenthes, plantes carnivores qui fascinent Etienne.

La deuxième partie de l’ascension, bien que sans sac, est la plus éprouvante: de nuit, sur de la rocaille, avec une pente très forte, le froid et l’altitude qui donnent mal à la tête et aux oreilles… mais le spectacle est au rendez-vous:

Beaucoup ou énormément de piment avec votre poisson?

Après l’effort, le réconfort, pour une soirée et une nuit à Kota Kinabalu où nous succombons aux charmes du marché de nuit, avec son florilège de parfums, de couleurs et d’odeurs. Tout le monde s’y presse dans un brouhaha bon enfant, tandis que des philippines proposent pour une bouchée de pain de succulents fruits de mer grillés au barbecue -avec force piment!

Le lendemain, après une bonne nuit avant de repartir pour d’autres cieux, nous avons le temps d’inspecter la criée, avec ses thons aux proportions plus que respectables, et un assortiment qui mêle poisson hérissons et raies avec les calamars et les requins marteaux, sans oublier les poissons des corails.

Air Conditioned Jungle


Nous rejoignons ensuite, dans un vieux Fokker, qui bouge avec les trous d’air et qui rebondit sur la piste, Mulu.

Mulu, un bled suffisamment paumé pour que l’avion soit le moyen le plus économique de rallier l’endroit.

Mulu, un ensemble géologique de grottes monumentales, montagnes et rivières souterraines, inscrit au patrimoine de l’UNESCO depuis 2005.

Mulu, la jungle, sa biodiversité extrême, sa chaleur humide, et sa profusion de  bestioles pas toujours hospitalières.

Cette jungle est à la fois une malédiction et une bénédiction pour le site: en l’ensserrant dans son enfer vert, elle a longtemps dissuadé les curieux de venir explorer ces merveilles. L’exploration des principales grottes remonte à 40 ans à peine, et si la fréquentation du site se développe, ce n’est pas encore la folle affluence.

Les exploitants du site s’ingénient à le rendre plus hospitaliers en construisant des kilomètres de “plankwalks” -des chemins sur pontons de bois qui assurent une marche aisée où l’on voit où l’on met les pieds- à travers la jungle, mais bien des trésors ne sont accessibles qu’en acceptant de rejoindre le plancher des sangsues ou de s’encorder dans une grotte. Ne dit-on pas que le plaisir est dans l’effort?

Per Ardua ad Astra

Accès d’agoraphobie? Soif de jungle? Attirance immodérée pour les sangsues? Alors que nos corps malmenés par l’ascension du Kinabalu se rappelaient à notre bon souvenir, nous n’avons rien trouvé de mieux que de rempiler pour 4 jours de trek pour rallier le sommet du Gunung Mulu à travers des sentiers peu pratiqués: 4 à 5 groupes par an!

Nous rejoignons au pied levé 2 allemands qui ont déjà réservé le guide, faisons le plein de riz, de nouilles chinoises et de cartouches de gaz. Pour porter tout cela sur notre dos, nous vidons nos sacs. Grisés par les 30° ambiants, nous enlevons allègrement les affaires chaudes qui nous avaient permis d’affronter le sommet du Kinabalu et ses températures proches de zéro.

Malheureux que nous sommes: si les journées du trek sont chaudes, les nuits sont froides, et le plancher des refuges un piètre matelas… autant dire que nos 3 nuits dans les refuges comptent parmi nos pires souvenirs!

Ces nuits, les sangsues, les pluies parfois torrentielles, les pluies diluviennes, un voyage au bout de l’enfer vert? Pas du tout, il s’agit simplement du prix modique à payer pour un voyage hors du temps et du monde. Sur ce chemin peu pratiqué, parfois très difficile, on se sent vraiment très loin, et on se découvre des ressources physiques qu’on ne soupçonnait pas! Notre guide est parfaitement à la hauteur, maniant avec autant d’aisance la machette que l’humour. Le sommet est malheureusement bouché par les nuages pour notre passage; mais nous n’étions pas venus pour la vue!

La descente, avec les sacs allégés du poids des vivres, les jambes aguerries par la montée, a été expédiée tambour battant pour finir dans la rivière -avec au passage un décrassage après 4 jours d’hygiène relative…

Les grottes et les chauves souris

Les grottes sont la raison originelle de l’inscription du Gunung Mulu au patrimoine de l’UNESCO: elles sont immenses -la chambre principale de la grotte de la biche affiche 170m de large sur 120 m de haut pour 2 kim de long! et les formations laiteuses de certaines n’ont pas encore livré tout leurs secrets.

Nous n’aurons pas le temps de monter d’expédition de spéléologie, mais les longues ballades sur les plankwalks pour rallier les grottes sont l’occasion de compléter notre bestiaire.

The End…

La fin de ces vacances de rêve vient naturellement trop vite… tout juste le temps de remanger un poisson grillé, de l’ananas et boire un cocktail à Kota Kinabalu, et nous voilà rentrés à Singapour lessivés mais heureux!

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Shanghai

octobre 29, 2008 · 3 commentaires

Crise financière, panne d’inspiration, absence de voyage mémorable, concurrence de mon Londonien de frère? Mea culpa, j’ai laissé ce blog à l’abandon ces derniers temps… Mais c’est pour mieux revenir avec un morceau de choix: Shanghai!

Ce voyage est différent des autres à plusieurs titres:

  • il est plus lointain: je gravitais dans une zone à deux heures d’avion de Singapour -Shanghai est à 5 heures de vol (mais zéro décalage horaire!)
  • c’est un “Study Tour”: je suis parti avec 45 élèves de ma classe, mais pas juste en vacances (pas de persiflage svp!): nous avons rencontré de nombreux dirigeants d’entreprises diverses et variées (françaises, chinoises, très grosses, moyennes, petites, vieilles, toutes jeunes) -et l’école participait au coût du voyage, donc en plus d’être intéressant, financièrement aussi c’était intéressant!
  • les pulls sont ressortis pour notre plus grand bonheur -notre métabolisme français s’inquiète des 30 degrés permanents de Singapour, et le temps frais nous a fait le plus grand bien!

Organisation?

Je faisais partie de la chic équipe organisatrice -et à ce titre, je me suis occupé de coordonner les rendez-vous. Expérience assez intéressante: côté français, le premier rendez-vous, prévu avec les 45 étudiants, est annulé sans explication avec quelques heures d’avance; côté chinois, c’est des accords de principe qui veulent en fait dire non… mais par mail interposé, et avec souvent deux intermédiaires, c’est difficile à dire!  Après le stress initial, une fois assuré un nombre à peu près décent de rendez-vous, je me suis finalement résolu à un “inch’allah” fataliste, et suis parti à la découverte de cette ville fascinante.

Ballade à Shanghai

La première chose qui frappe ici, c’est l’architecture. Shanghai fait dans le gigantisme, mais avec goût: les formes sont ambitieuses et variées, on ne se contente pas de cubes de verre… Dans la plus pure tradition communiste, tout est planifié, et l’ensemble est très harmonieux. Le faussement rétro côtoie le futuriste dans le quartier riche… mais à un quart d’heure à pied de là, on est encore dans un pays en développement.

Nonobstant la verdure beaucoup plus éparse et la pollution -le ciel varie de blanc sale à gris foncé-, il est beaucoup plus plaisant de se ballader dans Shanghai que dans Singapour. On se marche moins dessus, et la ville a une âme. J’ai eu le coup de coeur pour le quartier de la Concession Française -assurément très différent de Paris, et pourtant, semblable à bien des égards, depuis les rangées de platanes aux cafés (un concept qui n’existe pas ailleurs) en passant par les boutiques d’épiciers ou de brocanteurs.

Échaudé par des expériences malheureuses en la matière, c’est avec circonspection que j’abordais la gastronomie Shanghaïenne… à tort: pour 5€, c’est un véritable balthazar qui ravit le palais et ne rend même pas malade!

La Chine qui bouge

La ville change si vite que les cartes postales ne suivent plus -la SWFC a été inaugurée voici un mois, mais elle fait de l’ombre à la Jin Mao et à l’Oriental Pearl TV Tower. Autoroutes et métros se construisent à des cadences verigineuses (l’équivalent du réseau autoroutier français est construit chaque année en Chine). Shanghai s’apprête à frapper un grand coup pour l’exposition universelle de 2010, avec une ville sortie de terre en 2 ans, sur des berges complètement rénonvées. Quand le Parti décide du changement, cela ne se fait pas par demi-mesures. Le dirigeant local de Veolia Waters nous a expliqué qu’il allait devoir passer en 5 ans d’une qualité d’eau potable certifiée par 31 tests (standard d’un pays en développement: je n’en buvais pas) à 134 tests -les standards américains, européens et japonais mis bout à bout. Il faut dire que des gratte-ciels sans eau potable, cela fait désordre!

La Chine vue sous l’angle des entreprises

La variété des profils que nous avons rencontrés a permis de faire ressortir beaucoup de choses très différentes. Certains clichés se vérifient totalement (pillage des technologies, copie systématique nationalisme plus ou moins affirmé), mais ils s’accompagnent de choses plus positives: la fidélité des chinois en amitié, leur grande intelligence, leur sens de la débrouille… et d’éléments plus insolites: dans ce pays où la confection ne coûte rien, le luxe ultime, c’est d’acheter du prêt à porter -quitte à y mettre un mois de salaire. Les entreprises -et les individus- peuvent être très généreux, pourvu que cela se sache!

La Chine et les Chinois -pèle-mêle

Ca va en s’arrangeant, mais le principal problème avec les chinois, c’est qu’ils parlent chinois! Voire Shanghaïen à Shanghai -qui à l’oral n’a rien à voir avec le mandarin! On invente des subterfuges pour contourner la difficulté: menus avec photos dans les restaurants, plans en anglais et en chinois dans les taxis… mais il y a tout de même des situations cocasses, comme lorsque le taxi a mal compris la destination (parfois, c’est juste de la roublardise, mais comment dit-on “arrête de te foutre de moi, on tourne en rond là” en chinois?)

Si les Shanghaïens ne laissent pas les gens descendre du métro (il peut être un rien déconcertant de se prendre une charge de rugbyman alors qu’on vérifie si c’est le bon arrêt) et durs en négociation, ils peuvent être adorables, serviables à l’extrême de manière totalement désintéressée -et généralement espiègles (ce dernier trait les distingue clairement des singapouriens).

Sur la négociation, ils sont vraiment très durs -exemple type: nos bus qui exigent un supplément astronomique juste au moment de partir pour l’aéroport (le timing est tout sauf innocent) -et qui prennent tout leur temps pour négocier…

Ah, j’oubliais: les Shanghaiennes peuvent être très très jolies.

à bientôt: je pars pour Bornéo samedi prochain!

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O’ Brother, Where Art Thou?

octobre 1, 2008 · 2 commentaires

Parmi les choses qui me manquent à Singapour, il y a…

  • ses expressions fétiches -et autres innovations lexicales,
  • sa lecture commentée du journal municipal,
  • ses critiques des critiques de cinéma,
  • ses coups de gueules réguliers
  • ses trucs de geek:
    • ses “frags” à tf2
    • ses parties de zombie
    • ses logiciels bizarres et ses forums encore plus bizarres
  • son humour grinçant
  • son analyse décapante de l’actualité
  • son sens de la gastronomie
  • sa philosophie…

Bref, ceux qui le connaissent l’auront compris, ce post est un hommage à Frère, le mien à moi que j’en ai qu’un, que même un coloc amateur de jeux vidéos ne saurait remplacer!

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Retour de Sumatra

septembre 30, 2008 · Un commentaire

Bonjour à tous!

Me voici de retour à Singapour, après une semaine tout seul comme un grand à la découverte du Nord de Sumatra.

Pulau Samosir

Atterrissage à Medan (mon guide dit que le nom signifie “champ de bataille” -vraiment pas usurpé), le temps de se faire extorquer des prix exorbitants par un chauffeur de taxi et son copain véreux de la compagnie de bus -pour m’échapper au plus vite sur une (presque) île paradisiaque: Pulau Samosir, sise au milieu du lac Toba (photos ici).

Le guide disait: coin paradisiaque, pas cher, injustement oublié des touristes, excepté les Indonésiens aisés qui débarquent de Medan le week-end pour venir faire la fête. Eh bien, tout cela est parfaitement vrai!

L’ambiance paisible prête à déguster les plats proposés par les restos à des prix dérisoires. Les rizières disputent aux montagnes et aux vues lacustres le titre de paysage le plus enchanteur, les gens sont calmes, souriants et très hospitaliers; la cuisine succulente.Qu’on est bien!

On croise bien quelques routards, charmés et charmants, notamment un israélien et une allemande, avec qui nous avons été invités à un mariage local. Célébration des plus catholiques dans l’église du village suivie par des danses traditionnelles batak -sortes de farandoles traditionnelles dont la principale singularité réside dans les mouvements que les participants font avec leurs mains jointes. Tout ceci semble plus rituel que festif. Les jeunes mariés ne sont guère souriants; la fête les met d’ailleurs peu en avant, mais autour d’eux, tout le monde s’amuse et boit du toak -une sorte de bière à base de fruit de palm-oil tree.

Personnellement, j’avais bien l’intention de profiter des prix pour casser mon budget -mais c’est surtout la moto que j’ai louée pour faire le tour de l’île que j’ai cabossée, et si l’excursion était géniale, le prix demandé par la propriétaire à la fin de la journée fut beaucoup moins sympathique!

Un peu échaudé et le portefeuille à vif, j’ai fini mon séjour avec mon moyen de transport favori: mes pieds! Les pointes de vitesses sont tout de suite nettement moins impressionnantes, mais je goûte toujours autant ce rythme lent. Il se prête tellement à la découverte d’un lieu dans sa profondeur, à des rencontres impromptues au bord de la route -parfois à d’interminables palabres avec des marchands de babioles en mal de clients! Les sentiers de randonnée, pratiquement à l’abandon, ne me laisseront toutefois pas un souvenir impérissable. C’est essentiellement l’absence d’entretien qui les rend difficile -et si l’île est globalement très propre, les randonneurs n’y ont visiblement pas l’habitude d’emmener leurs papiers avec eux -dommage!

Bukit Lawang

Nouveau passage obligé à Medan, que je dois traverser pour aller prendre le bus défoncé qui me mène à la deuxième étape de mon voyage: Bukit Lawang, pays des orang-outans.

J’arrive à la nuit tombée sous une pluie battante -pour apprendre que les prix des treks dans la jungle ont augmenté de 50% en roupies (ils sont indexés sur l’euro, passage de groupes européens oblige!) par rapport à ce qu’indique mon guide… mais il n’y a pas de distributeur de liquide en ville, je suis un pauvre étudiant et les clients sont rares… on me consent une remise sur les prix affichés -donc a priori non négotiables.

Je pars le lendemain matin en compagnie d’un guide, de son assistant, et de deux jeunes femmes, à l’assaut de la jungle. La pluie vient de cesser, c’est a priori un très bon moment pour apercevoir des orang-outangs -ils étaient là: photos-.

Trek de trois jours à jouer au montagnes russes à travers la jungle -petit piment: je ne trouve rien mieux que de tomber malade à peine parti… je finis la journée à la limite du délire fiévreux, j’ai marché comme les autres mais je cours m’effondrer sur le bivouac dans un sommeil comateux! Heureusement pour moi, les autres membres du groupe sont plutôt compréhensifs -et pas forçats du trek pour deux sous: ils acceptent d’avancer à mon train de sénateur, et s’habituent à m’attendre, alors même que je retrouve peu à peu mes forces. Le dernier jour, je suis en pleine forme pour le retour au village à travers les rapides sur un gros radeau fait de vieux pneus liés ensembles. Virée extrêmement sympa, même si on a pu voir des serpents traverser le cours d’eau…

Bilan de ces 3 jours: plein de beaux orang-outangs, des paysages enchanteurs, des guides bien gentils qui n’ont pas trop râlé devant ma fièvre… et une bouteille de coca ramenée avec le bivouac par un porteur le 2e jour qui a fait toute ma joie!

Le soir, nous avons vraiment trop de mal à abandonner cette jungle et ses habitants, nous retournons au feeding-centre, où des orang-outangs qui n’ont pas encore totalement retrouvé l’état sauvage reviennent manger un morceau de temps en temps. Les singes sont les mêmes, mais le spectacl n’a pas grand chose à voir avec la jungle: les orang-outangs sont tout à fait à l’aise avec les installations, n’hésitent pas à racketter le ranger du centre pour piquer le dernier régime de bananes qu’il cache au fond de son sac: c’est moins magique mais plus rigolo.

Retour final à Medan, où les taxis en veulent toujours autant à mon portefeuille -je me carapate dans un bar en attendant l’heure du décollage; la cohue de l’aéroport est l’occasion de sueurs froides: ça hurle de partout, tout est encore manuel, il n’y a rien d’affiché nulle part…

Je suis bien content de retrouver mon bon vieux Singapour avec son Burger King, ses bus avec des prix affichés, ses routes sans nids de poule et ses Singapouriens qui donnent des conseils en anglais, mais qu’il ne faut surtout pas écouter!

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Que ces quelques fleurs…

septembre 14, 2008 · Un commentaire

Bonjour à tous,

Ce post est conscré à un  peu de douceur dans un monde de brutes, un le havre de paix et d’harmonie au milieu des grandes artères et des shopping malls: le jardin botanique de Singapour.

National Botanic Garden et National Orchid Garden

Hier, j’ai fait confiance au ciel, qui a gentiment consenti à ne pas me tomber sur la tête pendant ma ballade. C’était délicieux. La disposition du parc est vraiment réussie, très apaisante -mêmes si les routes à proximité et le chantier de construction de la future gare de métro gâchent quelque peu la fête. On ne voit pas les gros lézards ou les singes qu’on peut apercevoir dans les forêts de Singapour, mais on entend les cigales et des oiseaux. On oublie pour un temps les gratte-ciels en suivant un sentier qui sinue à travers les arbres, on a envie de se rouler dans la pelouse immaculée, ou de rejoindre l’oiseau qui s’égosille dans la canopée. Il fait bon rêvasser!

Le clou du jardin botanique est incontestablement le jardin des orchidées.  Malheureusement, la période ne doit pas être idéale pour la floraison de ces spécimens: foin des parterres luxuriants que j’avais pu admirer lors de mon premier passage , de ces florilèges de couleurs où l’on ne sait plus où donner de la tête.

Le jardin était certes une mer de verdure, parfois d’ailleurs clairsemée, mais les fleurs  étaient finalement plutôt éparses. Il y avait tout de même de jolis spécimens, et je m’en suis mis plein les yeux -j’espère que vous aussi, avec une pensée spéciale pour papy! (les photos sont là!)

Papa, tu m’achètes une montre à 7 000€ ?

Voici la petite anecdote de cette fin de semaine.

Dans le cadre d’un cours de l’ESSEC, nous devions aller faire du “mystery shopping” dans un magasin de luxe -en clair, y aller, se présenter comme un client, et voir comment on est traité, si le magasin est comme il faut et caetera.

Pour l’occasion, vendredi dernier, nous avons jeté notre dévolu sur un horloger de luxe, Jaeger Lecoultre -je ne connaissais pas non plus!- dont le magasin est situé sous les arcades du Raffles, le fameux palace de Singapour.

Pour être crédible, il fallait vraiment jouer le jeu, et c’est ce qu’on a fait -donc l’histoire, c’est que papa m’offre une belle montre pour mes 25 ans!

Nous étions deux avec un autre étudiant de mon groupe, et bien que nous n’en menions pas large en entrant dans la boutique, c’était finalement assez marrant. On nous a très bien traité: fait asseoir, proposé des boissons, le moindre de nos désirs était un ordre; l’hôtesse enfilait un gant à chaque fois qu’elle m’aidait à essayer une montre, et nous a donné une brochure digne de figurer dans une bibliothèque à côté de La Terre Vue du Ciel.

A la fin de l’entretien, elle nous a laissé sa carte avec les prix.  Celle qui met plaît bien n’est qu’à 13 500$ de Singapour (diviser par 2 pour avoir le prix en euros) -dis, papa, tu me l’achètes?

Faites la bise à Benoît pour moi!

Ce n’est pas sans un certain pincement que je suis le voyage du souverain pontife en terre de France.

Je suis un grand fan de son discours au collège des Bernardins -ça vole très haut, mais Benoît XVI est vraiment un pédagogue, et se lit assez bien. Au passage, pour ceux que ça intéresse, je recommande aussi les 10 min d’interview données par André Vingt-Trois au ‘Talk Orange-Le Figaro’, lui aussi, très intelligible.

Ce pape est à la fois un prêtre à l’ancienne, qui aime les ors et le latin, un homme humble, qui a peine à être mis en avant, et un penseur tout à fait en pointe de la réflexion sur notre temps -notamment sur la place de l’individu, de l’Eglise et de l’Etat. Sa vision de l’Eglise et du dialogue interreligieux tirent leur beauté de leur exigence absolue: l’amour de Dieu et du prochain doivent être premiers dans toute réflexion à ce sujet.

Pour ceux qui ont pu le voir en live, j’espère que vous lui avez passé le bonjour!

A bientôt

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Voyager… lâcher prise… quelles sont les nouvelles?

septembre 11, 2008 · Laisser un commentaire

Palmiers à Tioman

Palmiers à Tioman

Bonjour à tous,

un petit post pour donner quelques nouvelles et répondre aux mails -angoissés?- de certains d’entre vous!

Toutes mes excuses pour cette absence d’informations. A ma décharge, les 2 dernières semaines ont été bien remplies. A l’école, le travail est finalement assez conséquent -et quand on part en WE de 4 jours, la semaine de 3 jours qui reste à Singapour se remplit très vite!

Rassurons les inquiets: je ne suis ni dépressif au 36e dessous, ni collé au lit par je ne sais quelle fièvre tropicale foudroyante! Ces jours-ci, l’avant-goût de saison des pluies qui régnait sur Singapour depuis un mois nous offre un heureux répit avec un temps sec et ensoleillé -un vrai bonheur!

WE à Tioman

En parlant de WE de 4 jours, justement, vous trouverez ici quelques photos prises à l’occasion de mon WE d’intégration, avec les deux tiers de la promo ESSEC à Tioman, une île paradisiaque de Malaisie. Non, vous ne verrez pas nos tronches avinées -je n’ai pas pris de photos compromettantes!

Ambiance très sympa, entre des autochtones accueillants et on ne peut plus détendus -ils ne demandaient qu’à faire la fête avec nous!- et une promo qui a vraiment joué le jeu de se mélanger, entre jeux de plages, jeux de cartes, fiesta, et interminables palabres de soirée sur la plage de sable fin!

Le temps parfois orageux -il faut se carapater quand il pleut, c’est une véritable douche!- a quelque peu empiété sur nos activités mais donnait au lieu des couleurs fantastiques (cf. photos).

Semaine chargée

Dîner colonial au Raffles

Cette semaine, je n’ai pas arrêté une seconde -ah si, Mardi soir, nous sommes allés, avec toute la classe, dîner au Raffles, hôtel mythique de Singapour, bastion d’héritage coloniale au coeur une ville qui n’a aucun complexe à raser pour construire plus haut!

Bonne bouffe, plutôt occidentale -notamment des huîtres d’Australie gigantesques et excellents, et des desserts à tomber par terre, et une ambiance qui fut un peu le prolongement du WE à Tioman, les chemises et les tenues cocktail ayant pris la place des tenues de plage!

Le repas s’est achevé dans des canapés capitonnés, avec, pour nombre de participants, un cigare Monte Cristo… (photos prises par un pote)

…et boulot (quand même!)

Mais pas mal de boulot par ailleurs -notamment en ce moment, un jeu de marketing où il faut vendre d’obscurs produits hi-tech mieux que les autres… c’est prenant, du coup on bosse comme des tarés!

Il y a également notre projet de voyage à Shanghai pour lequel on cherche du fric… si vous avez des idées de gens intéressés, n’hésitez surtout pas à me demander la plaquette (vénal? ben oui, mais nécessité fait loi!)

A bientôt pour de nouvelles aventures (qui devraient m’amener au Nord de Sumatra…)

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Billet du jour -où les merveilles d’une tartine de Nutella

septembre 4, 2008 · Laisser un commentaire

Bijour à tous!

Un petit billet pour ne rien dire (il paraît que c’est fatiguant quand j’essaie de dire quelque chose)!

  • Je l’avais un peu oublié, ce blog, ça fait plaisir de voir des commentaires dessus
  • Les volcans, mes copains m’ont aussi promis leurs photos, mais le temps passe et je ne vois rien venir… J’avais aussi commencé un article pour raconter notre WE -à base de trek et d’heures à se taper le cul en van ou en jeep sur des routes défoncées -mais je crois que mon brouillon n’accouchera jamais
  • pourquoi un tel titre? A Singapour, il fait chaud et humide (comme d’habitude), et les climatiseurs sont réglés sur 15° (comme d’habitude) -et dans la classe, on a tous une espèce de crève. Personnellement, en rentrant chez moi, je m’avachis sur mon lit -je suis franchement malade. J’émerge de ma torpeur 3 heures plus tard, toujours hagard. Sauf qu’aujourd’hui est un grand jour: je vais entamer mon nouveau pot de nutella. Joie ineffable en perspective. Je mets mon pain de mie à toaster -ça va déjà mieux. J’attaque l’opercule du pot -je me sens plus combattif. Trois toasts dans l’estomac plus tard, je propose carrément à mon coloc d’aller faire un squash (à propos, le squash, c’est bien -mais le squash sans échauffement préalable, c’est mal, très mal, surtout les deux jours qui suivent!) C’est fou le nutella, non?
  • S’il me reste encore un peu d’énergie après le squash, je remettrais des posts sur ce blog, pour vous raconter 2 choses
    • 1. Il faut aller voir WALL-E -le dernier PIXAR envoie du très très lourd. Si je me lâche, je vous expliquerai pourquoi il incarne, à mon sens, American Culture at its best!
    • 2. Il y a quelques semaines, on a eu un super prof américain qui nous a expliqué en quoi la société de Singapour était confucéenne… si, si, ça a beau avoir l’air rébarbatif au possible, c’est assez marrant! Et au moins, vous ne courrez pas le même risque que moi, à moins d’habiter Paris 13e: maintenant, je vois des confucéens dans les rues!

Bon je vous laisse, j’ai un squash à faire (et un échauffement préalable) -et demain, lever aux aurores pour aller passer le WE dans une île paradisiaque avec ma classe – un WE d’intégration deux mois après le début des cours… Vieux motard que j’aimais!

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Vacances au Cambodge, la suite -un peu d’histoire géo!

août 21, 2008 · 3 commentaires

  • Le Cambodge en chiffres

Le Cambodge compte 14 millions d’habitants pour une taille équivalente au tiers de la France.

C’est un pays très pauvre -le revenu moyen par jour et par habitant n’atteint même pas 2 dollars-, dont la population vit encore pour les trois quarts de l’agriculture.

Autre caractéristique marquante: l’âge moyen est de 21 ans!!!

L’unique route goudronnée du pays relie Siam Riep, l’agglomération à côté d’Angkor, à la capitale. Il est très instructif de la suivre. De bonne qualité , elle ne compte qu’une voie dans chaque sens. Le pays pauvre qu’il n’y a même pas d’embouteillages.  On croise bien quelques chariots tirés par des bœufs ou des poneys, mais les 4×4 de luxe sont bien plus nombreux -il est clair que certains tirent leur épingle du jeu dans la pauvreté ambiante.

  • Tout baigne au Cambodge!

Le Cambodge est un pays très plat baigné par le fleuve Mékong et le Tonlé Sap, un immense lac d’eau douce très poissonneux.  Le Tonlé Sap se déverse dans le Mékong en saison sèche. En saison des pluies, le niveau du Mékong enfle tellement que c’est le fleuve qui se déverse dans le Tonlé Sap -vu d’avion, tout cela ressemble à une vaste flaque!

De fait, d’après notre guide, 15% de la population vit de la pêche. On peut voir de véritables villages flottants sur le Tonlé Sap, dont les habitants déplacent leurs maisons pour accompagner la crue et la décrue. Le matériel de pêche est des plus rudimentaires -quelques hommes et des filets dans une frêle pinasse mue par un moteur de tondeuse à gazon-  mais la pisciculture est très répandue : les rivages du lac sont parsemés de boîtes de joncs flottantes, dans lesquelles les poissons sont élevés.  Mais l’élevage ne se limite pas aux poissons: nous avons vu des crocodiles, qui finiront en sac à main, ou dans des restaurants chinois.

  • La campagne Cambodgienne

L’ omniprésence de l’eau se prête à la culture du riz, sur des parcelles qui s’étendent à perte de vue.  La terre est ainsi parée d’un vert lumineux dont on ne se lasse pas. On ne croise guère d’engins agricoles -tout juste quelques vaches à la silhouette sèche et musculeuse, à l’œil nettement plus vif que nos bovins d’Occident. Les paysans en prennent grand soin, les baignant longuement à la fin de la journée.

Les maisons des paysans, en toit de chaume sont montées sur piquets -inondations fréquentes obligent ! Elles sont groupées en petits villages, chacune a sa clôture, si petit le terrain soit-il. Chaque hameau compte sa petite échoppe qui vend un peu tout, y compris un liquide huileux à la couleur jaunâsse dans des bouteilles de whisky ou de pepsi: de l’essence pour moto! On voit partout des affiches électorales, notamment pour le “People’s Party” au pouvoir, mais l’état brille plutôt par son absence -les enfants semblent pourtant aller à l’école.

Partout, des enfants espiègles se fendent la poire en nous faisant coucou. Les pistes -le terme de route ne vaut plus- sont exécrables. Le passage des taxis collectifs -comprendre “petits camions à plateau qui ne partent pas avant d’avoir atteint trois fois le poids autorisé”-, des rares camions venus livrer on ne sait trop quoi, ont transformé les ornières en véritables ravines. S’aventurer en tuk-tuk sur ces voies est très éprouvant: les écarts du chauffeurs pour éviter les nids d’autruches n’empêchent pas des bonds impressionnants à chaque nid de poule!

Le soleil tombe dru. Lorsque le soleil est au zénith, dans cette zone proche de l’équateur, c’est à peine si l’on voit son ombre. Malgré le chapeau -et quoique la chaleur ne soit pas pire qu’en France, on sent ses rayons s’abattre tels des massues directement sur nos pauvres crânes.

  • La ville Cambodgienne

Ville à touriste à proximité d’Angkor, Siam Riep réussit à faire partiellement illusion. Il y a des pelouses, un petit quartier colonial aux bâtisses pas trop mal retapées qui dégage un certain charme, le tout est d’une relative propreté. Les gens parlent à peu près anglais. Mais cette vision de carte postale a tôt fait de voler en éclats.

Il suffit d’aller à la poste: la postière cambodgienne a des pratiques de brigand: vendant des timbres “jolis” coûtant deux fois l’affranchissement requis, avançant sans broncher un prix très supérieur à la valeur faciale, pour finalement prendre les dollars à un taux prohibitif -alors qu’ici, toutes les sommes supérieures à 1$ se paient avec le billet vert!

Les autres villes que nous avons vues, Kampong Thom et Phnom Pehn, ne se donneront même pas la peine d’entretenir l’illusion. Les constructions basses, souvent croûlantes, n’ont aucun charme. Les rues non-pavées dégagent une poussière aveuglante malgré un trafic modéré, composé pour l’essentiel de petites motos.

On retrouve la ville pauvre avec ses monceaux d’ordures à chaque coin de rue -et on se refuse à imaginer ce qu’il en advient lorsque la pluie fait monter de 30 centimètres le niveau d’eau dans les rues sans égouts! On a le cœur déchiré à la vue d’enfants nus et noir de crasse qui vivent dans cet environnement. Ce sont vraiment des moins que rien!

A Phnom Pehn, les rares jolies bâtisses remontent souvent à l’air coloniale. Elles sont éparses, parfois à l’abandon. Beaucoup d’entre elles ont été construites dans les années 1920, où l’enthousiasme pour le béton armé a produit des résultats hasardeux. La coupole du marché couvert, à la portée impressionnante, est certes très agréable à l’intérieur -mais évoque plutôt un bunker. Une exception notable toutefois: le musée national, modelé sur les formes de l’architecture khmère, non seulement frais à l’intérieur -Une telle caractéristique est un délice quand la lumière est telle que les arbres n’ont plus d’ombre, mais vraiment réussi.

Les marchés, si l’on met de côté le quartier dédié aux touristes, sont à déconseiller aux âmes et aux nez sensibles. Toute la faune lacustre y est proposée au chaland, fraîche ou séchée, dégageant des odeurs pestilentielles. Non loin se trouvent les étals des bouchers, découpant leurs volailles, ou proposant absolument tout ce qu’on peut trouver sur un porc -dans le cochon tout est bon! Mais ces marchés ne sont plus l’unique foyer des villes.

Des buildings de verre et de métal s’élèvent peu à peu au-dessus des immeubles en ferro-béton. Les maîtres d’œuvre sont souvent chinois ou vietnamiens -et guère appréciés des locaux. Phnom Penh possède désormais un shopping-mall qui ne déparerait pas à Singapour. L’activité économique frémit. Un quartier branché émerge peu à peu sur le quai du lac à Phnom Pehn. Des bâtiments flambants neufs s’élèvent dans des embryons de zone industrielle.

Les monuments historiques sont remis en valeur -en tout cas, le montant des droits d’entrée pour touristes explose, sans que la qualité soit forcément au rendez-vous.

  • Les stigmates de la période des khmers rouges

En vingt ans de guerre, tout ce qui pouvait être pillé l’a été. Apparemment, certains joyaux de ce que furent les trésors royaux ont été restitués, mais ce qui frappe en visitant la pagode d’argent, plus que son sol recouvert de carreaux en argent massif, ce sont les murs désespérément nus.

Phnom Pehn, capitale d’une civilisation millénaire et raffinée, a probablement perdu à jamais ce qui faisait sa grandeur. Les khmers rouges ont saccagé, rasé, perverti. Trois exemples: la cathédrale (sublime d’après le routard) a été détruite pour faire place à un relais satellite soviétique, en plein coeur de la ville! La sinistre prison S-21, salle de torture pour les prisonniers politiques, était installée dans un ancien lycée. Les moines, qui dans la religion bouddhiste ont interdiction de travailler, ont été envoyés dans les camps de travail -scandale presque pire que tout le reste pour la population locale.

Ce mépris systématique pour le savoir et la culture est le pire traumatisme laissé au pays. Ses lettrés, médecins et autres intellectuels ont été pratiquement éradiqués. L’étrange impression provinciale qu’on éprouve à Phnom Pehn est sûrement liée à l’absence totale de cette population.

Mais le travail de mémoire n’est pas chose aisée: les principaux chefs du régime Khmer rouge sont morts dans leur lit, avant d’avoir été inquiétés par des procès sans cesse repoussés par leurs comparses encore au pouvoir. Le climat de terreur instauré sous leur règne est probablement inédit.

Pour beaucoup, le seul choix restant était d’être victime ou bourreau, parfois de sa propre famille. Les bourreaux eux-même n’étaient pas épargnés par les purges. Mais de nombreux sont rentrés chez eux, pour tenter de reprendre une vie “comme avant”. Dans la prison S-21, transformée en mémorial, des récits d’anciens bourreaux disent qu’ils ne regrettent rien: c’était cela ou mourir.

Les familles ont été consciencieusement déplacées, séparées, disloquées. Des mariages arbitraires organisés. L’individu était minutieusement défait de toute attache -famille, village, religion…- qui puisse surgir entre lui et “l’organisation”.

Le produit de tant d’horreur est une génération qui a été mutilée dans son humanité, quand ce n’est pas dans son corps. On lit des récits de comportements rapaces défiant l’entendement: parents qui prostituent leurs propres enfants, corruption au mépris de toute humanité. On croise partout des victimes des mines antipersonnel.

Pour autant, ce pays est également un témoignage vivant de la vitalité humaine. Le déminage est malheureusement loin d’être achevé, mais un travail phénoménal a déjà été accompli. Et la rencontre au quotidien d’enfants souriants et malicieux, qui s’expriment dans un anglais prometteur est de bon augure… pourvu que le gouvernement ne se content pas de cela. Notre guide nous a dit que l’enseignement primaire touchait presque tout le monde, mais qu’après le lycée, il n’existe quasiment rien…

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Vacances au Cambodge

août 18, 2008 · 2 commentaires

Je suis rentré dimanche d’une semaine au Cambodge, passée en compagnie de Maxime, Marine et Romain venus de France. Eux crapahutaient déjà depuis deux semaines au Laos lorsque je les ai rejoints. Plutôt que de narrer par le menu le détail de notre périple,  je vais plutôt essayer de brosser à grands traits ce que j’ai pu voir du Cambodge en une semaine.

*Pour les photos, il n’y en a que pour les 2 premiers jours, désolé, j’ai surestimé ma batterie!

*Conformément à mon habitude, je suis bavard (trop) -je vais devoir éclater mon récit en plusieurs parties pour qu’il soit lisible!

Partie 1 -Les temples Khmers: on en reprendrait bien Angkor un peu (désolé, j’ai pas pu m’empêcher…)


“une telle profusion déconcerte; à notre époque de mesquinerie versatile, on arrive à peine à comprendre ce que furent la persévérance, la richesse, la foi, l’amour du grandiose et de l’éternel, chez ce peuple disparu.”

(Pierre Loti, Pélerin d’Angkor, sur le Bayon)

Nous avons passé 5 jours dans les temples, et bien que je ne sois pas forcément un inconditionnel des vieilles pierres, j’ai été conquis.

Pour ceux qui aiment les livres, je ne peux que recommander la lecture de la nouvelle Un pélerin d’Angkor de Pierre Loti (50 pages, suivez mes liens pour se le procurer, ou pour davantage sur Angkor dans la littérature) . Il raconte sa découverte, il y a seulement 100 ans, au cœur d’une jungle hostile, de temples à l’abandon, investis par les chauves-souris, les serpents et les moustiques, croulant sous les arbres fromagers (cf. les photos), où les fidèles déposaient des bâtons d’encens devant le moindre amas de pierre, de peur de délaisser une statue sacrée. Il raconte qu’il ne fallait pas quitter l’enceinte des temples à la nuit tombée: les palmiers alentours étaient lacérés par les tigres pour se faire les griffes.

La situation à bien changé: la plupart des temples ont été déblayés, certains restaurés, on peut s’y rendre en tuk-tuk. Les tigres ne sont plus là, les moustiques ont quasiment disparu mais il faut toujours prendre garde aux serpents (Maxime et Romain en ont vu un de près!), mais les temples ont perdu leur caractère de sanctuaire. Les Cambodgiens ont cependant eu le bon goût de laisser deux temples aux prises avec la jungle, pour qu’on se rende compte -c’est la jungle qui gagne, sans aucune discussion!

Plusieurs choses frappent quand on aborde ces temples, incontestablement une merveille de la civilisation.

  • La finesse et la variété de l’ensemble

Angkor est renommé à juste titre pour ses bas-reliefs relatant la création du monde selon les mythes hindous. Ils portent gaillardement leurs 8 siècles et témoignent d’une finesse qui éclipse allègrement art roman et gothiques, pourtant contemporains (les temples d’Angkor ont été construits et affinés sur 4 siècles) -finesse des traits, rendu du mouvement, effet de voile, tout y est. Bien d’autres chefs d’oeuvres eussent mérité une mention, je me cantonnerai aux Apsaras, danseuses sacrées qui figurent sur moult bas reliefs et sont aujourd’hui un symbole du pays (la société qui exploite les temples s’appelle d’ailleurs Apsara!)
On pourrait croire que tous ces temples ne sont en définitive qu’une variation assez monotone sur un même exercice. Il n’en est rien.
Une grande partie de la magie du lieu tient à son mélange harmonieux entre différentes échelles sur un même ensemble, depuis les monumentales têtes à quatre faces jusqu’au plus petit ornement. Le tout revêt une profonde unité, on sent qu’on se frotte à quelque chose de grand, à une civilisation majeure, que tout est réussi: on est saisi, charmé, écrasé ou séduit, tour à tour mais toujours au bon moment, sans que les années n’ôtent de sa superbe à l’endroit.
Étonnamment, chaque temple affiche une identité propre, même pour le profane -les proportions, la pierre, le niveau de détail, la disposition d’ensemble, chaque temple est suffisamment singulier pour qu’on ne soit pas lassé avant de l’avoir vu. Le niveau d’envahissement par la forêt joue certainement également.

  • La civilisation khmère, une civilisation brillante

La civilisation khmère est sans conteste issue de l’Inde. On retrouve cette origine dans le caractère hindou des temples, dans la forme de leur écriture, et dans leur apparence physique -les khmers sont d’ailleurs très beaux. A l’instar de leurs voisins, les khmers se sont peu à peu convertis au bouddhisme (religion d’ailleurs venue d’Inde, bien qu’il y ait très peu de bouddhistes là-bas), mais sans que les temples soient détruits ou délaissés -il y a simplement eu une adaptation progressive.
La dispersion des temples dans la jungle est trompeuse. Là où prospèrent aujourd’hui les lianes s’étendait autrefois une métropole vibrante, mais dans des demeures de bois, la pierre étant réservée aux dieux. Les notables se distinguaient en employant des essences très recherchées. Cet aspect fourmilière est celui qu’on a le plus de mal à imaginer. La religion y tenait naturellement une place prépondérante -malgré le traumatisme de l’ère Pol Pot, la piété des Cambodgiens est encore marquée.

  • Un certain rapport au monde

On a d’autant plus de mal à imaginer à quoi pouvait ressembler la capitale d’un empire qui s’étendait à son apogée sur ce qui est aujourd’hui 4 pays -le Cambodge, le Laos, le Viêt-Nam et la Thaïlande, qu’on est frappé par le caractère paisible des Khmers et de l’environnement -leur langue même, très étrange pour nos oreilles et nos palais, participe de cette douceur. Dans l’atmosphère lourde d’humidité, où le vert de la végétation se combine à l’eau tranquille pour procurer une douce torpeur, on imagine plus la fièvre des tropiques que celle des grandes métropoles. La force irrésistible de la nature invite à la retenue -on retrouve l’humilité quand chaque pas, chaque bruit alentour peut s’avérer un danger mortel. Cette crainte des éléments s’accompagne d’une profonde reconnaissance, puisque l’abondance poisssonneuse du Tonlé Sap et la fertilité des terres ont fait la richesse de l’empire khmer.
Cet environnement a probablement façonné l’identité et la culture khmère, qu’on pourrait qualifier de lentement nomade: à mi-chemin entre Angkor et Phnom Penh, on trouve des temples pré-Angkoriens (les plus anciens portent péniblement leurs 1200 ans!), reliefs d’une ancienne capitale que les khmers ont abandonné apparemment sans état d’âme lorsqu’Angkor s’est avéré une capitale plus propice. De même, Angkor a purement et simplement été laissé à la jungle quand, au XIVe siècle, Phnom Penh est devenue la capitale du royaume.

FIN de la première partie

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